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Dans l'art non conformiste soviétique, Piotr Belenok fut un pionnier d'une forme de photoréalisme. Dans les années 1960, il développa sa propre variante de ce courant, qu'il appela le « réalisme panique ». Ses collages, réalisés sur toile comme sur papier, révèlent un espace presque cosmique envahi par de gigantesques tourbillons et éclaboussures, avec la petite silhouette d'un homme effrayé, courant. Exode, série de 150 œuvres sur papier créée en 1969, marque l'année qui vit débuter l'émigration massive des artistes et intellectuels soviétiques ; au cours de la décennie suivante, de nombreux artistes, musiciens et savants éminents, dont Mstislav Rostropovitch et Oscar Rabin, furent contraints de quitter le pays. L'association d'un rythme tourbillonnant dramatique et de figures humaines fragiles et vulnérables fait d'Exode un véritable témoignage politique sur l'époque tourmentée de Brejnev. Les personnages de Belenok se meuvent dans des espaces cosmiques, poursuivis par des fantômes et des créatures fictives ; son œuvre traite de l'individu dans la société moderne, hanté par des catastrophes incontrôlables, magma, rochers et matière extraterrestre apparaissant comme des présences menaçantes suspendues au-dessus de lui. Belenok disait de son travail : « L'observation détaillée de l'homme du quotidien ne m'intéresse pas ; j'observe le monde et ses problèmes depuis une position neutre, dans l'espace. »